L’abandon d’un projet de vie et de boulot

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Pour certains, ça fait des années qu'ils en entendent parler, d'autres, la plupart des gens, vous n'en avez jamais vu ne serait-ce que l'idée sortir de mon cerveau. J'abandonne un projet qui m'a animé pendant des années.

Je voulais construire une société nommée "Ma-Cave". L'idée, vous connaissez Vivino ? Bah la même chose, mais fait en France par une équipe française. Quand je me suis lancé dans cette idée, Vivino n'existait pas encore ou plutôt était encore inconnue au bataillon. Le seul truc qui existait, c'est un site néo-zélandais : wine-searcher. Celui-ci était ultra-moche, pas dispo sur mobile et ne connaissait rien au monde du vin en France (vins français, cavistes, ...). Je crois que ça n'a qu'à peine bougé depuis.

Je n'abandonne pas à cause d'une concurrence désormais bien installée de Vivino. Ni parce qu'un concurrent français s'est aussi lancé depuis quelques mois (encore très très jeune, bon courage à eux). J'avais des idées similaires aux leurs, une approche différente seulement. J'abandonne parce que j'ai fini par comprendre que je n'ai pas les épaules, ni la connaissance suffisante du métier et du monde du vin pour que ça marche.

J'abandonne parce que ça s'adresse à un marché de niche que je connais peu. Parce que finalement, même si je suis un grand adorateur de ces nectars que sont les différents vins de ce monde, je ne suis pas un fin expert (même si ça je compte bien le devenir).

J'avais pour projet de proposer une application qui permet certes d'identifier un vin par reconnaissance de l'étiquette, mais aussi par le code barres. De proposer où trouver un vin bien précis ou au moins un équivalent. De proposer des formations régulières au vin avec des partenaires, de proposer des circuits d'oeno-tourisme. De pouvoir noter tel ou tel vin plusieurs fois dans le temps pour voire l'évolution des goûts qui nous sont propres à chacun, de gérer sa cave, de toujours savoir ce que chacun a chez soi. Le tout en total respect de la vie privée et dans l'idée d'un maximum de partages de connaissances librement et gratuitement. Et je ne sais quoi encore. Il est possible d'aller voir très large tellement il y a à faire. Que sais-je ? Affiliation par exemple, c'est possible aussi, de nombreux sites de vente en ligne le propose.

Mais je comprends maintenant que je ne suis pas fait pour ça, que je n'ai pas les épaules, ni la connaissance, ni les contacts, ni, finalement, l'envie de le faire. J'ai envie de rester un simple amateur de vins qui progresse dans sa connaissance du vin, pas forcément d'en vivre.

Alors après plus de 3 ans de travail, voilà un bilan. Des millions de ligne de code, un back-office presque prêt, un front en cours de réalisation, des milliers de bouteilles référencées mais pas forcément correctement qualifiées, beaucoup de dev ops réalisé aussi. Vous l'avez compris, j'avais déjà bien avancé, mais bon, autant être réaliste.

Comment m'est venu cette prise de conscience ? Je viens de finir différents livres sur l'entrepreneuriat, notamment celui de Tony Hsieh, qui s'intitule "L'entreprise du bonheur". Déborde de bons conseils, basé sur un retour d'expérience concrets de multiples entreprises dans différents secteurs et avec une vision plus qu'humaniste. Le ras-le-bol quotidien de bosser sur ce projet qui finalement ne me plaisait plus tant que ça et ces lectures ont fini d'achever le projet. De me pousser à faire autre chose. J'entreprendrai sûrement autre chose, autrement, plus tard.

J'en retire aussi une expérience et une expertise. J'ai passé un temps fou sur Angular, sur les webcomponents, sur bootstrap, sur node, sur des OCR différents, sur Elasticsearch aussi. A découvrir le monde de l'open data, à collecter des données, à rencontrer des gens, etc. J'ai aussi progressé dans ma connaissance du vin.

Même si c'est toujours dur de dire "j'abandonne", je ne regrette pas de le faire, parce que j'ai beaucoup appris, beaucoup progressé. Il faut parfois savoir dire stop quand de toute façon, c'est perdu d'avance. J'aurai désormais plus de temps libre pour ma compagne, ma guitare et mes rollers 😉

Pour ceux que ça intéresse, Vivino est désormais une excellente plate-forme concernant le monde du vin. Je ne peux que les recommander chaudement. Et les progrès qu'ils ont réalisé cette dernière année ne peut que présager de choses superbes pour les temps à venir.

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A propos de Mathieu

Ingénieur développeur web dans la vente par correspondance B2B, adepte de nouvelles technologies et d'innovation. Vous pouvez aussi me retrouver sur Twitter @mathrobin
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  • http://www.mickael-andrieu.com Mickaël Andrieu

    Salut Mathieu,

    et pourquoi pas un dernier petit effort pour l’open sourcer ?

    SeoTracker suit également la même trajectoire que Ma-Cave, malgré tout je pense pas que le code produit doive mourir, il est plus intéressant de l’offrir à des personnes en capacité de terminer nos idées, de les faire évoluer.

    Trop pour un seul homme, c’est très peu pour une communauté 😉

    Bonne aprem

    • http://www.mathieurobin.com/ Mathieu

      La question est pertinente, j’y ai pensé, surtout que je n’ai qu’à rendre publics quelques dépôts GitHub actuellement privés. Mais non. Je ne vois pas ce qui pourrait servir et je ne sais pas, assez égoïstement, je ne pense pas encore être capable d’accepter que mon projet pourrait marcher sous une communauté. Je vais continuer d’y réfléchir, pas de geste irréversible en tout cas pour le moment. Peut-être plus tard qui sait.

      Bon aprem à toi aussi !

  • Fabrice Bentz

    Ouai vas-y met le open-source ! Ton projet aura peut être une seconde vie au lieu de l’abandonner !

  • Olivier

    Au final ce qu’on aime en tant que dév c’est apprendre de nouvelles choses. Soutenir une startup c’est quand même beaucoup moins amusant. :-)

    • http://www.mathieurobin.com/ Mathieu

      J’ai toujours cette volonté d’entreprendre ceci dit 😉

  • Pierrick

    C’est dommage !
    Tu pense pas que dans un but « commercial » (aka monter une boite, en vivre ou essayer) il te manque un partenaire ?
    C’est pas facile de rester motivé après autant de temps, un associé/pote permet de se pousser mutuellement à avancer.

    Je rejoint les autres, il ne faut surtout pas trash le projet. Ca peux toujours servir de base, d’exemple, etc .

    Bonne continuation

    • http://www.mathieurobin.com/ Mathieu

      Oh j’ai la famille et des proches qui m’ont beaucoup accompagné, soutenu et même trié beaucoup de données pour me faciliter la quantité de boulot à abattre 😉 Je vais déjà envoyer mes données qualifiées à Vivino et l’autre boite française. Qu’ils puissent en tirer quelque chose, tant qu’à faire 😉

  • http://www.prelude-prod.fr Jean-François

    Voilà une belle expérience !
    Et, chose rare, partager ce genre d’expérience est une très bonne chose. Monter sa petite entreprise n’est pas aisé. Surtout seul. Mais il ne faut pas s’arrêter à un pseudo échec. Au contraire, il faut rebondir et continuer pour profiter de cette expérience.
    Enfin, je dis ça, mais je me doute bien que tu as déjà rebondi dans ta tête (je te connaît peu, mais un peu quand même 😉 )

    • http://www.mathieurobin.com/ Mathieu

      Tu me connais suffisamment pour savoir que c’est pas ça qui va m’arrêter 😉

  • http://www.tintworld.org Tintwo

    Yop yop, toi j’vais t’alpaguer au téléphone et on va en parler de ces motivations ^^
    De plus, prendre un américain comme référence alors que l’entrepreneuriat (et l’esprit même de ce qu’est un entrepreneur) est complètement différent entre ici et là-bas (y compris dans l’environnement), t’induira forcément en erreur.
    On en reparle 😉 sujet trop vaste et tranché pour déblatérer ici 😀

  • http://tzi.fr Thomas

    Salut Mathieu !

    C’est super d’avoir le courage d’abandonner un projet et de prendre le temps d’en parler publiquement !
    Ce n’est pas facile, mais quand tu tenteras de nouveau l’expérience de l’entrepreneuriat, tu verras que cette expérience te sera très utile.

    J’ai également lu « L’entreprise du bonheur ». Ça m’a aidé à mieux visualiser l’objectif de ce pour quoi je travaillais. A quoi ressemblera mon travail si ça marche comme je veux ? Comment sera l’ambiance dans l’équipe ? Qu’est-ce qui nous réunira sous un même drapeau ? etc.
    Quels sont les autres livres que tu as lu et qui t’ont aidé dans ta décision ?

    A bientôt !
    Thomas.

  • http://alexbortolotti.com alex

    Salut Mathieu,

    Je viens de tomber sur ce billet un peu par hasard et le titre m’a interpellé. Abandonner un projet est plus dur que de se lancer. Ce n’est pas un choix facile car il faut tirer un trait sur tout ce que l’on a fait pendant des mois…

    Malgré tout, il ne faut pas perdre espoir. Si tu estimes que les planètes n’étaient pas alignées pour que ton projet réussisse, c’est que ça devait être le cas. Néanmoins, je suis certain que cette aventure t’a appris beaucoup de choses, non seulement en programmation mais surtout sur le côté humain d’un tel projet.

    Par le passé, j’ai décidé d’abandonner plusieurs de mes projets et je ne le regrette pas. Il faut savoir tourner la page. Toutefois, je suis de l’avis des autres commentateurs concernant l’ouverture de ton code.

    De toute façon, si tu abandonnes le projet autant que ça puisse servir à d’autres (ou alors vend-le ^^).

    Si tu veux m’envoyer un message pour approfondir la discussion n’hésite pas. C’est cool de pouvoir partager des choses que les proches et la famille ne peuvent pas forcément comprendre (quand on est dans dedans ce n’est pas facile).

    Bon vent pour la suite :)
    Alex

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